Recherche

PENN-AR-WAX

Blog Vinyles & Labels

VLOG #1 TOUT A 1€ !

 

« Névénoé, Coopérative Utopique 1973-1980 » Éditions de Juillet

Le label « Névénoé » est une expérience unique dans la renaissance de la musique bretonne de la fin du XXè siècle. Formé par des artistes installés tout près de Morlaix, à Plounéour-Ménez dans les Monts d’Arrée, il sera un « United Artists of Brittany » créé dans la logique des coopératives, au financement mutualisé et aux contributions croisées. Avec les mots d’aujourd’hui, on peut dire que Patrik Ewen et Gérard Delahaye étaient précurseurs d’une forme d’économie sociale et solidaire… elle dura le temps d’un septennat.

Les Éditions de Juillet publient, début 2017, un ouvrage broché, magnifiquement illustré par des photographies noir et blanc, sous la plume d’Arnaud Le Gouefflec (lui même musicien indépendant et prolifique, pour le label « Église de la Petite Folie« ), Alain-Gabriel Monot et Olivier Polard. Ils entrecroisent habilement un historique du label, depuis la rencontre des fondateurs, jusqu’à sa fin chaotique (et rennaise) au début des années 80, avec des portraits des principaux protagonistes : P. Ewen, G. Delahaye, l’auteur compositeur M. Favennec, le poète trégorois Y. Le Men, la chanteuse Annkrist et la harpiste K. Nogues.

Les périodes de la vie du label y sont détaillées. L’idée de financer les albums des uns par les recettes de ceux des autres, entrainera la formation d’un groupe d’artistes bretons, mais non bretonnants, bretons mais envisageant la musique bretonne comme un mélange subtil d’inspirations locales et d’influences mondiales. Au début des années 70, la chanson folk se déploie dans le monde entier. Sous l’influence des Pete Seeger et autres Bob Dylan, des artistes locaux, armés d’une simple guitare, portent un regard sévère, voire désespéré, sur la société contemporaine.

L’enseigne Névénoé dans les « 100 Marches » à Morlaix

Avec Névénoé, le projet devient collectif. L’artiste intègre le groupe, tout en gardant sa propre identité, chacun venant compléter le travail de l’autre, l’influencer, l’enrichir. L’utopie des débuts laissera place à un processus créatif rationnel et malgré tout débridé. Dans un premier temps, les individus mettent en commun leur enthousiasme et peu à peu, au fil du temps, reprennent leur liberté. Les auteurs montrent comment, peu à peu, après avoir nourri le collectif, chacun se tourne vers une autre direction. Au point que le label prendra des voies inattendues au tournant des années 80, celles du rock et du jazz quasi expérimental.

Fort des témoignages des principaux acteurs du label, l’ouvrage dépeint des personnalités fortes et généreuses, embarquées dans une utopie qu’elles ont su rendre concrète et tangible. Il passe sans doute un peu rapidement sur les derniers soubresauts du label, sans doute moins souhaités par les fondateurs, mais dont les oeuvres sont tout autant passionnantes.

Névénoé est un OVNI dans le paysage musical breton. L’ouvrage qui lui est consacré nous fait vivre de l’intérieur le processus de création, la mise en commun des talents, la maturité du groupe, une forme de lassitude des artistes devenus producteurs, et surtout, comment leur oeuvre leur a échappé, jusqu’à leur devenir étrangère. Aussi frustrante soit cette ultime étape, elle est le symbole de l’expérience artistique la plus courante : l’oeuvre devient ce qu’en fait le public, et aujourd’hui, les disques Névénoé sont recherchés par les collectionneurs de vinyles comme des « Graal ». Une forme de consécration. Les treize albums produits en sept ans et l’ouvrage « Névénoé – Coopérative Utopique 1973-1980 » constituent les deux faces d’une même pièce, parfaitement indissociables et absolument dissemblables.

Un must pour qui s’intéresse à la musique bretonne et que l’on achètera de préférence dans une librairie du centre-ville de Morlaix, après avoir descendu les « 100 Marches », en passant devant le panneau des « Disques et Éditions Névénoé » (voir photo plus haut).

Pour en savoir plus…

Un article sur Névénoé dans ce blog.

Le site des Éditions de Juillet.

 

Nevenoe, Morlaix 1973-1980 (Bretagne)

Du centre-ville de Morlaix, les ruelles qui montent dans les hauteurs, on les appellent les venelles. La plus célèbre d’entres elles est surnommée « Les 100 Marches », une suite d’escaliers qui fait le lien entre le centre-ville et le quartier de la gare. Vers le bas de la venelle, une curieuse enseigne en drapeau annonce les disques « Névénoé » sur une face et les éditions « Névénoé »‘ sur l’autre face. Un oiseau orne les deux faces, comme crayonné en négatif.

En 2017, l’enseigne est plutôt défraichie ! Elle évoque cependant une période très active de l’histoire musicale bretonne. Dans le sillage d’Alan Stivell et d’un mouvement musical bretonnant, inspiré des gwerzou et mélodies celtiques traditionnelles, s’est constituée à Morlaix une coopérative d’auteurs qui annonce une autre direction totalement assumée : celle des « protest-songs » en français mais fortement ancrée dans le terroir local, celui des Monts d’Arrée aux paysages vallonnés et peu fertiles mais riches d’une mythologie millénaire. Le projet est porté par deux jeunes musiciens qui se sont rencontrés à Brest quelques années plus tôt : Patrick Ewen et Gérard Delahaye.

Enseigne « Névénoé » dans la venelles des « 100 Marches », Morlaix, Finistère

Dans le nord du Finistère, les coopératives ont fait leur preuve dans le monde agricole. Pour la première fois, c’est une autre forme de culture qui s’en inspire. Le principe est simple : constituer un label de production musicale qui met sur le marché des albums dont le financement est mutualisé : les recettes du premier album permettant de financer le second, etc.

Une magnifique équipe d’auteurs va constituer le catalogue du label. Gérard Delahaye et Patrik Ewen, évidemment. Le premier qui porte un regard sévère sur l’époque, sur la Bretagne et le monde avec des chansons à texte qui s’étofferont musicalement au fil des albums (il en fera trois pour Névenoé). Patrik Ewen fait valoir des talents de conteurs qui s’entendent dès le second album du label. Melaine Favennec produira un disque qui reste aujourd’hui encore, selon les auteurs de l’ouvrage « Névénoé – coopérative utopique 1973-1980 » (voir par ailleurs) le classique breton du folk psychédélique. Les trois amis des années 70 ne se sont jamais perdus de vue : ensemble, ils constituent en 1999 le trio EDF (pour Ewen-Delahaye-Favennec) qui est toujours très actif en 2017 (dernier album en 2016).

Le groupe « Névénoé » est constitué d’une dizaine de musiciens qui collaboreront aux différentes productions. Trois autres noms ont marqué la courte expérience de la coopérative : Yvon Le Men, poète, qui posera ses mots sur la musique de ses amis, à la façon d’un Léo Ferré déclamant ses emportements dans un disque rock avec le groupe « Zoo »; Annkrist, descendante des chanteuses françaises en colère, se tournera peu à peu vers le jazz et le blues; Kristen Nogues, harpiste formée par les meilleurs, s’appuiera sur les sonorités celtiques pour mieux les contourner, les réduire à une musique minimaliste, pour mieux libérer un chant plein de ferveur.

Melaine Favennec, Kristen Nogues, Patrik Ewen et Gérard Delahaye

La coopérative, comme beaucoup d’oeuvres collectives, sera troublée par quelques dissensions et par le choix d’une direction qui ne sera pas partagée par tous. Et pourtant, quelle fin magistrale !

Les trois derniers disques constitueront des oeuvres marquantes dans la musique bretonne. L’album du groupe rock « Storlock » va « inventer le rock breton » (dixit l’ouvrage « Névénoé » – voir par ailleurs). Et surtout, un éphémère groupe de jazz, « Kan Digor » va créer une oeuvre unique et restée sans suite : il va mélanger les sonorités des cornemuses avec celles du jazz de la grande époque, celle de Coltrane ou de Dolphy (auxquels le second disque, éponyme, est parfois comparé).

Dans l’acte de naissance du label, la vision utopique et la logique collective portaient en germe, toute à la fois, les limites de l’exercice et ce qui en fera une incontestable réussite créative : personne ne sera à la manoeuvre pour brider les artistes, personne n’en sera totalement heureux et reste le principal : treize albums et autant de marqueurs de l’époque. Névénoé est un « milestone » de la musique bretonne : le label regardera dans cette direction, toujours, sans jamais être assimilé ou réduit à elle.

Pour en savoir plus…

« Névénoé – Coopérative utopique 1973-1980 » par Arnaud Le Gouefflec, Alain-Gabriel Monot et Olivier Polard aux Éditions De Juillet, 2017.

« La Coopérative Névénoé » par Michel Toutous, Revue Ar Men N° 217, mars-avril 2017.

Dans la collection…

Granit Records, Saint-Brieuc

Créé par deux amis en 2015, Granit Records rejoint les meilleurs labels de réédition en proposant sur le marché en 2016 l’album hybride, mi-synthé mi-percussions du martiniquais Claude Rodap, « Syn-Ka ». Un objet étonnant, inclassable.

Le marché des rééditions est très disputé. Les albums légendaires qui valent une fortune en original sont l’objet d’une chasse au contrat pour réapparaître dans les bacs en copies neuves. Après quelques mois de négociation avec l’artiste, les deux collectionneurs, au goûts similaires, deviennent éditeurs de disques et attirent l’attention des néerlandais « Rush Hour » qui va les distribuer dans le monde entier. Résultat : les 1 000 premiers exemplaires se vendent rapidement.

L’intérêt d’une réédition est dans ce qu’il apporte au marché. Le premier projet est une grande réussite. Le positionnement de Granit Records dans le grand bal des « reissues » est parfait. Un second disque est annoncé. Impatient de voir la suite.

Dans la collection…

Dans la presse…

Ouest-France

Claude Rodap – Fregate Orchestra « Syn-Ka » (Granit Records)

L’attaque du disque rappelle bizarrement « Oxygène » de Jean-Michel Jarre, avec ce synthétiseur qui hésite à entrer dans la mélodie, ce souffle synthétique qui passe furtivement en arrière plan… et puis non… la basse funky… les percussions des caraïbes… c’est un autre objet, un mélange contre nature, de ceux qu’on recherche parce que tellement improbables.

Claude Rodap est un guitariste martiniquais, très influencé par Jimi Hendrix, qui a lâché les cordes (enfin pas complètement) pour le clavier. En 1982, il se lance dans ce projet baptisé « Syn-Ka » pour « synthétiseur » et « percussions ». Exclusivement instrumental, par défaut semble-t-il, l’album ne peut entrer dans une case. Sur cette base synthétique et rythmée, il explore toutes les directions possibles, morceau par morceau et à l’intérieur des compositions. Les sonorités dominantes passent par tous les registres possibles avec ces instruments : le réduire à une approche jazz fusion est réducteur, le désigner comme « caraïbes & synth » ne lui fait pas honneur.

Réédité à 1000 exemplaires dans un premier temps (puis 300 à l’heure où ce texte est écrit) en 2016 par le tout nouveau label breton (St Brieuc) Granit Records, l’album Syn-Ka est un OVNI. Il est accompagné d’un feuillet une face en français, anglais et japonais. Indispensable.

Musique : 4/5

Objet : 4/5

Granit Records

Andrew Wartts and the Gospel Storytellers : « There is a god somewhere » (Superfly Records)

Un album-graal dont Jésus est le héros. Andrew Wartts et les Gospel Storytellers enregistrèrent ce disque au tout début des années 80 dans une tonalité mélancolique entre funky, soul et gospel. Quand la plupart des chorales gospel prennent le virage du boogie et de l’énergie, Wartts calme le jeu, prend son temps, fais une ode à la religion catholique. Longtemps connu des seuls fidèles locaux, cet album, enregistré pour le label Champ de Nashville, avec ses faux airs de Curtis Mayfield ou de Marvin Gaye, est devenu un des graals les plus recherchés des collectionneurs de vinyles.

Au point qu’Andrew Wartts, en fit une réédition pour les 30 ans en 2014. Reprenant une photo de couverture différente, modernisée, sans doute mieux construite graphiquement (mais différente de l’originale – rédhibitoire pour le collectionneur), il proposait la nouvelle version sur son propre site internet (voir plus bas), créant ainsi deux catégories d’amateurs : ceux qui pouvaient arborer la pochette originale et les autres…

La pochette alternative

Début 2017, la réédition Superfly rend accessible l’album en le présentant cette fois avec la pochette originale. Le pressage est parfait comme toujours, réalisé au Japon. Ce qui donne droit de porter un bandeau OBI écrit en japonais. Pas de feuillet intérieur cette fois, contrairement aux précédentes références.

Musique : 4/5.

Objet : 4/5.

Superfly Records

Le site internet d’Andrew Wartts

Alex Puddu : « The Golden Age of Danish Pornography, vol. 2 » (Schema Records)

Les italiens de Schema ont encore frappé ! Et de quelle manière ! Au Danemark, en 2009, un cinéaste porno découvre des négatifs Super 8 de courts métrages hardcore réalisés dans les années 70 et vraisemblablement destinés à fabriquer des films vendus sous le manteau. Ne sachant quoi en faire, il les propose à Jan Schmidt, producteur de films, ancien producteur musical et ami d’Alex Puddu. Les négatifs étant inexploitables dans l’état, ils en développent une partie et découvre des films courts de très bonne qualité mais l’état des négatifs ne permet pas toujours de récupérer l’intégralité des pistes sonores. Schmidt propose alors à son ami Alex d’habiller les images avec une bande originale totalement nouvelle mais tricotée à la manière des Umiliani, Cipriani et autres Morricone… Une ambiance jazz – funk – psychédélique qui est la signature habituelle d’Alex Puddu et qui mène le projet d’une main de maître, allant même jusqu’à rajouter quelques sonorités vocales typiques de la thématique.

Le premier volume de « The Golden Age of Danish Pornography » est réalisé en 2011pour le label Al Dente (en fait auto-produit par Alex Puddu, uniquement en vinyle à 250 copies). Il est réédité l’année suivante par Schema, qui reprend la série. Le volume 2 est produit en 2014 pour Schema directement. Le volume 3 qui sort en 2016 est le seul à ne pas être associé à des images spécifiques (pour les deux premiers, des dvd sont édités mixant les images d’origine et la musique de Puddu; aucune idée de leur contenu, ni des moyens d’y accéder, pardon…).

Le volume 2, dans la collection, est présenté sous une pochette classé X « X-rated / Adult Only ». Il est excellent. Les morceaux sont plutôt courts (moins de 4 minutes). Les effets sonores donnent à l’album un aspect ludique et sont autant de clins d’oeil à Gainsbourg ou à Moroder, qui sont un peu les fondateurs de l’exercice. Le disque est accompagné d’un CD.

Musique : 4/5

Objet : 4/5

Schema Records

Zito Righi E Seu Conjunto « Alucinolândia » (Superfly Records)

116968191

Track list impeccable pour cet album brésilien de la fin des années 60 (1969 – Hot) entre Samba et Pop. Zito Righi, multi-instrumentiste et chef d’orchestre, signe ici une oeuvre remarquable dans lequel il joue du saxophone, accompagné de son ensemble et de trois chanteurs. Parmi eux, Sonia Santos chante « Poema Ritmico Do Malandro », dont elle est également compositrice, considérée comme une des premières chansons de « rap » 10 années avant que le rap n’existe réellement. Chanson parlée, déclamée, plus que chantée, dans une ambiance de carnaval de Rio.

L’album navigue ainsi entre jazz, samba et pop des années 60, dans un esprit festif et joyeux, laissant très présentes les ambiances de fond. Typiquement brésilien, non ?

Réédité en 2014, par Supertfly Records, cette série limitée à 1 000 exemplaires est pressée au Japon, sans porter le fameux Obi Strip. Les liner notes sont en portugais. Superfly fera mieux plus tard : très difficile de trouver en ligne des informations sur Zito Righi, sinon un article wikipedia en brésilien qui développe peu la partie musicale de sa vie. Il est décédé en 2000.

Pour les amateurs de graphisme, la drôle de pochette veut à elle seule de garder précieusement ce disque dans une collection. Non ?

Musique : 4/5

Objet : 4/5.

Superfly Records

T. Yokota & The Beat Generation, « Flute Adventure » (Superfly Records)

117640628

Un mélange étrange, expérimental de jazz, de rock de percussions africaines, parfois porté par une basse funky. T. Yokota est le Jimi Hendrix de la flute. Tour à tour plaintif, psychédélique, mélodique, toujours imprévisible. Admiré par ses contemporains japonais comme lui, il produit ce disque en 1970, pour le label King, sous le titre « Flute adventure » accompagné sur sous titre « Le soleil était encore chaud ». Une démarche intellectuelle inspirée de Baudelaire, Rimbaud et Kerouac (le groupe qui l’accompagne s’appelle The Beat Generation) qui produit des pauses presque bucoliques, au milieu du chaos expérimental parfois entrecoupées de riffs entre rock et prog-rock. La première face débute entre jazz et funk quand la seconde face attaque avec une gentille bossa nova qui gagne en énergie et percussions au fil des minutes.

Ce disque n’est pas le mélange de nombreuses influences, mais l’addition de sonorités qui viennent d’univers complètement différents. Chacune y trouve son espace et semble répondre aux autres. Une addition de virtuosités. Une merveille !

Le disque est parfaitement pressé, sonne magnifiquement, dans sa pochette noir et blanc en gatefold. À l’intérieur, des liner notes en anglais et en japonais, racontent l’influence de Yokota sur le jazz-rock japonais.

Musique : 5/5

Objet : 5/5

Limited : 1 000 copies.

Superfly Records

 

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑