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Bretagne

Les disquaires en Bretagne : 2 / Morbihan

Second chapitre du tour d’horizon des disquaires en Bretagne (voir le premier ici, le Finistère).

  1. Corner Records / Lorient

Acheter un disque à Lorient relève pour le rédacteur d’une madeleine façon Proust… Dans les années 80, au moins quatre disquaires indépendants dans le centre-ville : le sous-sol de la Bouquinerie, rue du port; au coin de la Place Jules-Ferry juste après l’enfilade bars; en face de l’actuel Espace Nayel, alors parking gratuit, et, jusqu’au milieu des années 80, rue de liège avec ses cabines d’écoute au fond du magasin…

C’est dans cette rue qu’est installé depuis quelques mois Corner Records. La localisation est excellente, en plein centre-ville et il n’est pas rare de voir entrer des personnes qui y voient une opportunités pour offrir une galette à un proche, sans rien y connaître. L’accueil y est spontanément chaleureux et les idées fusent. Ce qui n’empêche pas de passer à un autre client autrement plus connaisseur…

Une offre d’occasion diversifiée entre jazz, funk, rock, psyché… Ici le prix du marché est très étudié : ce qui signifie tarif plus élevé quand un original se présente. De plus en plus de proposition de réédition comme PMG, Everland Records ou encore Granit Records (voir ici). Entre l’occase et le neuf, de belles découvertes à faire.

Depuis 2017, le magasin produit des rééditions sous le label « Rebirth on Wax ». Numéro 1 : Georges-Édouard Nouel, « Chodo », album sorti en 1976 et illustré à l’époque par Wolinski. G.-E. N. est un fabuleux pianiste et percussionniste et le disque, porté par des percussions antillaises, à la vitalité des meilleures oeuvres de jazz. Il est pressé chez MPO.

Signes particuliers : une offre en library music et un peu de matériel hi-fi à vendre dans les coins.

https://www.facebook.com/cornerecords/

2. Bazoom Bd-Musique / Auray

Au centre-ville d’Auray, un magasin de bandes dessinées et musiques. Très bon accueil. Les bacs de vinyles sont au fond du magasin : de l’occasion et du neuf. Offre plutôt intéressante compte tenu du volume limité : quelques références en neuf issues Disquaire Day et des prix vraiment corrects (notamment en occasion – plutôt mainstream). Peu d’offres pointues semble-t-il (hors DD) mais quelques vinyles récents qui peuvent devenir rares dans les bacs ailleurs.

Typiquement le genre de magasin, tenu par des jeunes, sur deux marchés complémentaires, qu’on aime fréquenter et soutenir.

Signes particuliers : des prix sur les anciennes références du Disquaire Day; présent sur Facebook par un compte classique, pas une page… 

 

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Les disquaires en Bretagne : 1 / Tout Commence en Finistère

Où trouver des vinyles en Bretagne ? Donner son avis comme client est facile mais totalement subjectif, alors petite précision sur le profil du client qui cause. Si vos critères sont différents, merci de cliquer ici.

Il recherche :

  • un panel d’offre qui va au-delà du mainstream pour quinquas (Led Zep, Beatles, Gainsbourg…), pour quadras (U2, Coldplay, Muse, NTM…) ou pour jeunes « analogistes » (Lana Del Rey, Daft Punk, Beyonce…)
  • un conseil qui élargit l’horizon, sans en mettre plein la vue (« il était le chauffeur du bassiste qui a failli faire une session avec les Bulldog Companion Inc. entre mars et avril 1987 lors de la tournée qui les a conduits à Tréflaouenan »)
  • à distinguer information et assertion (« c’est un label de voleurs, ils n’ont pas les droits, d’ailleurs la meilleure preuve, c’est que je ne les vends pas ! »)
  • des prix en cohérence avec l’état du disque et avec le marché
  • des références actuelles
  • éviter la nostalgie : tu achètes un album des années 70 pour l’écouter demain pas pour revenir à l’enfance (n’oublions pas le contexte de l’époque… Danièle Gilbert, Guy Lux, Maritie et Gilbert Carpentier n’ont pas éclairé que des lumières…)

TOUT COMMENCE EN FINISTÈRE

  1. TY BLURT / QUIMPER
Photo le Télégramme (cliquer sur la photo)

Sur le flanc est de la Préfecture de Quimper, l’incontournable des disquaires en Bretagne, Ty Blurt. Chapeau et clop au bec, Philippe se déplace dans son capharnaüm sans oublier de causer au client, avec un brin d’ironie. Je tente une référence (qu’il n’a pas) : deux minutes montre en mains et s’élève dans le magasin le son d’un artiste « dans le genre », qui aurait les mêmes influences. Je maugrée dans mon coin… bof… voilà le second album qui saute de la pochette à la platine. Ah ouais ! Bien ! Si tu repars les mains vides, c’est que tu n’aimes rien. Viens avec tes indices, Philippe s’occupe du reste.

Signes particuliers : beaucoup de rééditions prog et psyché et un bac spécial « tendances » portant la mention « Fuck the Disquaire Day ». Pour ce qui est d’internet, « work in progress »… Cohérent.

https://goo.gl/nWxYS8

2. L’OREILLE CASSÉE / BREST

En haut de la rue Jean-Jaurès (faut n’avoir jamais mis les pieds à Brest pour ne pas la situer), dans une rue perpendiculaire, une boutique d’occasion (mais des disques neufs néanmoins) qui propose des bandes dessinées, des dvd, des cd des vinyles et plein d’objets rigolos issus de la pop culture. Accueil sympathique. Réponses précises sur l’éventualité de trouver un disque ou de le commander. Pas très tourné vers le conseil. Se débrouiller soi-même en fouillant dans les bacs de vinyles d’occasion. Quelques références intéressantes également en neuf.

Signes particuliers : prix corrects. Parfois des promotions. Carte de fidélité.

http://oreillekc.com/

3. BAD SEEDS / BREST

Photo Ouest-France (cliquer sur la photo)

Dernier magasin apparu à Brest : continuer dans la rue de l’Oreille cassée, sur la place à quelques dizaines de mètres, après les gars qui jouent à la pétanque, le magasin « Bad Seeds ». Les mauvaises graines demandent un peu de tact et de patience communiquer avec le client. Magasin associatif et lieu de passage plutôt convivial dès qu’on montre un peu d’intérêt pour les créations d’aujourd’hui. Ce qui n’est pas toujours évident pour les quadras ou plus (non ?). Ils sont également producteurs dans le cadre de leur label « Music for the masses », mais contrairement à de nombreux disquaires qui s’écharpent autour de rééditions, il est ici question de productions actuelles (voir ici la présentation des Inrocks).

Signes particuliers : spécialisé dans les musiques actuelles, avec beaucoup de petits labels ; projet de label en cours pour le magasin.

4. DIALOGUES MUSIQUES / BREST

Photo Yelp

Une institution à Brest. Le grand libraire / disquaire de Bretagne, rue de Siam (tiens donc Monsieur le Marquis). Excellent pour les conseils et les musiques de toutes les époques. Une offre plus réduite en vinyles qu’en CD : « je l’ai en CD » est la réponse classique. Imbattable pour les prix, malheureusement pas dans le bon sens. Quelques références et labels plus rares dans les prix du marché.

Signes particuliers : compétences et professionnalisme. Une offre diversifiée, rock, jazz, world, funk… préférer les petits labels aux majors (prix moins compétitifs). Une partie du stock visible sur le site internet (voir plus bas).

https://www.dialoguesmusiques.fr/

4. BROCANTE ROCK’N BROC / DOUARNENEZ

Au centre-ville de Douarn’. Pas encore essayé.

https://www.facebook.com/rocknbroc/

 

Si vous avez une expérience différente ou plus complète avec ces revendeurs, n’hésitez pas à commenter !

VINYLES VERSION « E. LECLERC » EN BRETAGNE

Dans les années 90, en Bretagne et ailleurs, les centres E. Leclerc ont réalisé une spectaculaire OPA sur les produits culturels. Au retour du vinyle, leurs magasins sont très compétitifs sur les prix et certains d’entre eux ont un catalogue intéressant (c’est plutôt rare, malgré tout). Comment s’y retrouver avec leur étrange fonctionnement, à la fois collectif (catalogue en ligne) et individuel (une politique prix désordonnée).

Anecdotes

  1. Un produit, 30% d’écart de prix : Hennebont (56) le 9 juillet 2017, la réédition « Black Moses » d’Isaac Hayes est affichée 32€. À Quimper, le même jour, le même double album s’achète à 24,99 €.
  2. Début 2017, un disque d’un groupe rennais est affiché 10,99€ sur le site internet. Vous l’achetez en ligne, il est disponible sous 15 jours. Vous le commandez au magasin, même délais, mais il vous en coûtera 14,99€ au retrait du disque. Pourquoi ? Les prix en ligne sont totalement déconnectés des prix magasins. « Je ne sais pas comment ils font » fait remarquer le vendeur.
  3. Comment payer moins cher un disque dans leur catalogue ? Ne pas l’acheter en magasin dans le stock courant mais commander et payer en ligne, avec retrait gratuit. Ex. dernier disque d’Aquaserge, deux euros de différence entre le prix en ligne et celui du magasin qui l’a en stock. L’idéal est de jouer sur deux magasins proches.
  4. La base du catalogue des Espace Culturel Leclerc est la nostalgie pop-rock des années 70 et 80… Led Zep, Beatles, AC-DC… qui côtoient quelques références d’aujourd’hui. Ils usent jusqu’à la corde le concept de l’incontournable façon « Philippe Manoeuvre » et restent à tourner autour des mêmes artistes. Déprimant.
Isaac Hayes – « Black Moses » / Stock Espace Culturel Quimper le 9/07/17

Synthèse (réactualisation janvier 2018)

Le groupement d’achat E. Leclerc gère le catalogue en ligne et, sur le terrain, votre Centre E. Leclerc fait ce qu’il veut. Les prix y sont globalement très compétitifs (sauf à Hennebont). Si demain, la tarification est lissée par le haut, c’est évident que les amateurs se replieront sur les indépendants. L’idée est de mixer ces gros faiseurs avec des vrais spécialistes pour élargir son spectre de recherche.

Fin 2017, changement de dispositif en ligne, qui prend encore plus de distance avec les magasins. Totalement déconnecté des stocks physiques locaux, il est désormais impossible de savoir si le commerce d’à côté dispose de la dernière compilation « Soul-Jazz ». Les vendeurs ne peuvent dire si un achat en ligne a ou n’a pas d’impact sur le résultat du magasin. Ce qui est un point essentiel, sinon autant acheter en ligne… ou encore mieux chez le disquaire local.

À noter, un service client complètement « à l’ouest » : pour deux disques commandés trois mois auparavant et non livrés, réponse : « ils sont disponibles », sachant que l’un ne l’était pas pour le client. Annulation de la commande et recours à Dodax, livraison assurée en dix jours.

Avis client

Pour circuler beaucoup en Bretagne et parfois hors de Bretagne, voici quelques retours sur les espaces culturels et leurs pratiques si différentes. Par ordre du préférence.

  • Hors catégorie : Landerneau

Un fond de catalogue qui se renouvelle régulièrement, avec une profondeur intéressante pour la taille du rayon. Il peut arriver qu’on découvre à Landerneau des artistes qu’on ne connait pas ! Offre jazz plutôt intéressante comparée aux autres collègues (y compris contemporains, pas uniquement Miles). Parfois, apparition de petits labels. Compliqué de prendre à défaut les responsables du rayon. Ils maîtrisent parfaitement ce qu’ils mettent en vente. En période de soldes, des vraies soldes. Le magasin qui se rapproche le plus d’une démarche de disquaire.

  • Catégorie « Pléthorique » : les magasins autour de Nantes

Grand choix sur les blockbusters du moment. Quelques labels plus rares (Death Waltz, par exemple), tout en restant globalement sur l’offre mainstream. La taille du rayon permet de retrouver quelques musts trois ou quatre années après leurs sorties (J. Newsom, Morrissey…)

Isaac Hayes – Black Moses / Stock Espace Culturel de Hennebont le 09/07/17
  • Catégorie « Étonnant » : Plougastel

Un rayon des sorties et ressorties plutôt pauvre mais une offre équivalente de disques « bon marché », avec parfois des perles : Double album live de J. Healey Band à 10€, nombreuses rééditions « Music on Vinyl » ou encore parfois des invendus de petits labels (Guerssen). Se méfier des achats d’impulsion : parfois ce n’est pas un hasard si le disque n’est pas cher…

  • Catégorie « Sur un malentendu » : Morlaix

En gros, le standard (voir plus bas), accompagné de quelques curiosités. Le label allemand de jazz « ACT » y est présent mais avec une artiste, Youn Sun Nan, pas deux. Quelques « Ethio-Jazz » malgré tout, même s’il est rarement d’aller au delà des plus connus (Miles, Hancock…). Pour le rock, même histoire, avec quelques exceptions notables mais noyées dans la masse. Sur un malentendu, en prenant le temps de chercher, quelques bonnes surprises.

  • Catégorie « Mal de dos » : Saint-Brieuc

Une présentation des disques basée sur les promotions des majors, qui sont mises en avant. Les sorties du moment sont disposées dans des étagères profondes. Tous les blockbusters ont leur place à hauteur d’homme, par noms figurant sur des intercalaires. Si vous cherchez autre chose, la recherche se fait le dos cassé en deux, sur l’étagère du bas. Parfois quelques raretés, notamment au moment du festival « Art Rock ».

  • Catégorie « Standard » : Quimper, Brest, Lannion

Une offre attendue. Les prix parfois plus élevés (I. Hayes – voir illustration – moins cher à Quimper, excellente nouvelle !). L’offre s’aventure rarement au delà de ce qui se vend sur le moment.

  • Catégorie « Pauvre » : Pontivy, Carhaix, Guingamp

Une offre rachitique. Vive les Rolling Stones, Indochine, Renaud, Led Zeppelin ! Miles ? On oublie.

  • Catégorie « À éviter » : Hennebont

No comment. Voir plus haut.

 

L’alternative indépendante en Bretagne (des articles suivront)

Pour rappel, la Bretagne propose une offre conséquente de disquaires indépendants. Disposant parfois de peu de choix en occasion, les rééditions sont souvent le recours.

Par ordre de préférence :

  • Ty Blurt, Quimper : incontournable
  • Blind Spot, Rennes : excellents conseils
  • Métropolis Records, Saint-Nazaire
  • Corner Records, Lorient
  • Mélomane, Nantes
  • L’Oreille Cassée, Brest
  • Bad Seeds, Brest
  • Dialogues Musiques, Brest
  • Rock’n Bones, Rennes

Article sur les disquaires du Finistère : cliquer ici.

Et pendant ce temps, à la FNAC… (réactualisé janvier 2018)

De plus en plus de points de vente pour la FNAC en Bretagne, dans le cadre d’un partenariat avec Intermarché. Des rayons vinyles parfois indigents (dans les petits points de vente). Des prix plus élevés que chez le distributeur de Landerneau, sauf sur les promos « étiquettes vertes » (éventuellement). Étrangement, la FNAC fait aussi parfois d’excellents prix sur des rééditions Demon Records d’artistes britanniques (Ian Dury, Jesus and Mary Chain, Suede…).

Les points de vente sont surtout des relais colis pour les ventes en ligne. À voir sur le market place, parfois de bonnes opportunités.

« Névénoé, Coopérative Utopique 1973-1980 » Éditions de Juillet

Le label « Névénoé » est une expérience unique dans la renaissance de la musique bretonne de la fin du XXè siècle. Formé par des artistes installés tout près de Morlaix, à Plounéour-Ménez dans les Monts d’Arrée, il sera un « United Artists of Brittany » créé dans la logique des coopératives, au financement mutualisé et aux contributions croisées. Avec les mots d’aujourd’hui, on peut dire que Patrik Ewen et Gérard Delahaye étaient précurseurs d’une forme d’économie sociale et solidaire… elle dura le temps d’un septennat.

Les Éditions de Juillet publient, début 2017, un ouvrage broché, magnifiquement illustré par des photographies noir et blanc, sous la plume d’Arnaud Le Gouefflec (lui même musicien indépendant et prolifique, pour le label « Église de la Petite Folie« ), Alain-Gabriel Monot et Olivier Polard. Ils entrecroisent habilement un historique du label, depuis la rencontre des fondateurs, jusqu’à sa fin chaotique (et rennaise) au début des années 80, avec des portraits des principaux protagonistes : P. Ewen, G. Delahaye, l’auteur compositeur M. Favennec, le poète trégorois Y. Le Men, la chanteuse Annkrist et la harpiste K. Nogues.

Les périodes de la vie du label y sont détaillées. L’idée de financer les albums des uns par les recettes de ceux des autres, entrainera la formation d’un groupe d’artistes bretons, mais non bretonnants, bretons mais envisageant la musique bretonne comme un mélange subtil d’inspirations locales et d’influences mondiales. Au début des années 70, la chanson folk se déploie dans le monde entier. Sous l’influence des Pete Seeger et autres Bob Dylan, des artistes locaux, armés d’une simple guitare, portent un regard sévère, voire désespéré, sur la société contemporaine.

L’enseigne Névénoé dans les « 100 Marches » à Morlaix

Avec Névénoé, le projet devient collectif. L’artiste intègre le groupe, tout en gardant sa propre identité, chacun venant compléter le travail de l’autre, l’influencer, l’enrichir. L’utopie des débuts laissera place à un processus créatif rationnel et malgré tout débridé. Dans un premier temps, les individus mettent en commun leur enthousiasme et peu à peu, au fil du temps, reprennent leur liberté. Les auteurs montrent comment, peu à peu, après avoir nourri le collectif, chacun se tourne vers une autre direction. Au point que le label prendra des voies inattendues au tournant des années 80, celles du rock et du jazz quasi expérimental.

Fort des témoignages des principaux acteurs du label, l’ouvrage dépeint des personnalités fortes et généreuses, embarquées dans une utopie qu’elles ont su rendre concrète et tangible. Il passe sans doute un peu rapidement sur les derniers soubresauts du label, sans doute moins souhaités par les fondateurs, mais dont les oeuvres sont tout autant passionnantes.

Névénoé est un OVNI dans le paysage musical breton. L’ouvrage qui lui est consacré nous fait vivre de l’intérieur le processus de création, la mise en commun des talents, la maturité du groupe, une forme de lassitude des artistes devenus producteurs, et surtout, comment leur oeuvre leur a échappé, jusqu’à leur devenir étrangère. Aussi frustrante soit cette ultime étape, elle est le symbole de l’expérience artistique la plus courante : l’oeuvre devient ce qu’en fait le public, et aujourd’hui, les disques Névénoé sont recherchés par les collectionneurs de vinyles comme des « Graal ». Une forme de consécration. Les treize albums produits en sept ans et l’ouvrage « Névénoé – Coopérative Utopique 1973-1980 » constituent les deux faces d’une même pièce, parfaitement indissociables et absolument dissemblables.

Un must pour qui s’intéresse à la musique bretonne et que l’on achètera de préférence dans une librairie du centre-ville de Morlaix, après avoir descendu les « 100 Marches », en passant devant le panneau des « Disques et Éditions Névénoé » (voir photo plus haut).

Pour en savoir plus…

Un article sur Névénoé dans ce blog.

Le site des Éditions de Juillet.

 

Nevenoe, Morlaix 1973-1980 (Bretagne)

Du centre-ville de Morlaix, les ruelles qui montent dans les hauteurs, on les appellent les venelles. La plus célèbre d’entres elles est surnommée « Les 100 Marches », une suite d’escaliers qui fait le lien entre le centre-ville et le quartier de la gare. Vers le bas de la venelle, une curieuse enseigne en drapeau annonce les disques « Névénoé » sur une face et les éditions « Névénoé »‘ sur l’autre face. Un oiseau orne les deux faces, comme crayonné en négatif.

En 2017, l’enseigne est plutôt défraichie ! Elle évoque cependant une période très active de l’histoire musicale bretonne. Dans le sillage d’Alan Stivell et d’un mouvement musical bretonnant, inspiré des gwerzou et mélodies celtiques traditionnelles, s’est constituée à Morlaix une coopérative d’auteurs qui annonce une autre direction totalement assumée : celle des « protest-songs » en français mais fortement ancrée dans le terroir local, celui des Monts d’Arrée aux paysages vallonnés et peu fertiles mais riches d’une mythologie millénaire. Le projet est porté par deux jeunes musiciens qui se sont rencontrés à Brest quelques années plus tôt : Patrick Ewen et Gérard Delahaye.

Enseigne « Névénoé » dans la venelles des « 100 Marches », Morlaix, Finistère

Dans le nord du Finistère, les coopératives ont fait leur preuve dans le monde agricole. Pour la première fois, c’est une autre forme de culture qui s’en inspire. Le principe est simple : constituer un label de production musicale qui met sur le marché des albums dont le financement est mutualisé : les recettes du premier album permettant de financer le second, etc.

Une magnifique équipe d’auteurs va constituer le catalogue du label. Gérard Delahaye et Patrik Ewen, évidemment. Le premier qui porte un regard sévère sur l’époque, sur la Bretagne et le monde avec des chansons à texte qui s’étofferont musicalement au fil des albums (il en fera trois pour Névenoé). Patrik Ewen fait valoir des talents de conteurs qui s’entendent dès le second album du label. Melaine Favennec produira un disque qui reste aujourd’hui encore, selon les auteurs de l’ouvrage « Névénoé – coopérative utopique 1973-1980 » (voir par ailleurs) le classique breton du folk psychédélique. Les trois amis des années 70 ne se sont jamais perdus de vue : ensemble, ils constituent en 1999 le trio EDF (pour Ewen-Delahaye-Favennec) qui est toujours très actif en 2017 (dernier album en 2016).

Le groupe « Névénoé » est constitué d’une dizaine de musiciens qui collaboreront aux différentes productions. Trois autres noms ont marqué la courte expérience de la coopérative : Yvon Le Men, poète, qui posera ses mots sur la musique de ses amis, à la façon d’un Léo Ferré déclamant ses emportements dans un disque rock avec le groupe « Zoo »; Annkrist, descendante des chanteuses françaises en colère, se tournera peu à peu vers le jazz et le blues; Kristen Nogues, harpiste formée par les meilleurs, s’appuiera sur les sonorités celtiques pour mieux les contourner, les réduire à une musique minimaliste, pour mieux libérer un chant plein de ferveur.

Melaine Favennec, Kristen Nogues, Patrik Ewen et Gérard Delahaye

La coopérative, comme beaucoup d’oeuvres collectives, sera troublée par quelques dissensions et par le choix d’une direction qui ne sera pas partagée par tous. Et pourtant, quelle fin magistrale !

Les trois derniers disques constitueront des oeuvres marquantes dans la musique bretonne. L’album du groupe rock « Storlock » va « inventer le rock breton » (dixit l’ouvrage « Névénoé » – voir par ailleurs). Et surtout, un éphémère groupe de jazz, « Kan Digor » va créer une oeuvre unique et restée sans suite : il va mélanger les sonorités des cornemuses avec celles du jazz de la grande époque, celle de Coltrane ou de Dolphy (auxquels le second disque, éponyme, est parfois comparé).

Dans l’acte de naissance du label, la vision utopique et la logique collective portaient en germe, toute à la fois, les limites de l’exercice et ce qui en fera une incontestable réussite créative : personne ne sera à la manoeuvre pour brider les artistes, personne n’en sera totalement heureux et reste le principal : treize albums et autant de marqueurs de l’époque. Névénoé est un « milestone » de la musique bretonne : le label regardera dans cette direction, toujours, sans jamais être assimilé ou réduit à elle.

Pour en savoir plus…

« Névénoé – Coopérative utopique 1973-1980 » par Arnaud Le Gouefflec, Alain-Gabriel Monot et Olivier Polard aux Éditions De Juillet, 2017.

« La Coopérative Névénoé » par Michel Toutous, Revue Ar Men N° 217, mars-avril 2017.

Dans la collection…

Granit Records, Saint-Brieuc

Créé par deux amis en 2015, Granit Records rejoint les meilleurs labels de réédition en proposant sur le marché en 2016 l’album hybride, mi-synthé mi-percussions du martiniquais Claude Rodap, « Syn-Ka ». Un objet étonnant, inclassable.

Le marché des rééditions est très disputé. Les albums légendaires qui valent une fortune en original sont l’objet d’une chasse au contrat pour réapparaître dans les bacs en copies neuves. Après quelques mois de négociation avec l’artiste, les deux collectionneurs, au goûts similaires, deviennent éditeurs de disques et attirent l’attention des néerlandais « Rush Hour » qui va les distribuer dans le monde entier. Résultat : les 1 000 premiers exemplaires se vendent rapidement.

L’intérêt d’une réédition est dans ce qu’il apporte au marché. Le premier projet est une grande réussite. Le positionnement de Granit Records dans le grand bal des « reissues » est parfait. Un second disque est annoncé. Impatient de voir la suite.

Dans la collection…

Dans la presse…

Ouest-France

Dr Eugene Chadbourne, Olivier Polard, John Trap, Arnaud Le Gouëfflec « Sessions Fantômes #1 (Eglise de la Petite Folie)

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C’était fin 2014, la fine équipe de l’Église de la Petite Folie recevait Eugene Chadbourne, joueur de banjo américain, virtuose et improvisateur pour une session « fantôme » dans le Far West européen. Deux morceaux du dernier album d’Arnaud Le Gouefflec sur la première face et deux autres dont un collage invraisemblable (expérimental) sur la seconde face. Le tout est un disque dans lequel les chansons sont joyeusement torturées dans l’esprit de créer un moment unique, un son paradoxal. Le banjo du « Docteur Chadbourne » se balade avec ou sans les autres, prenant un malin plaisir à partir au loin avant de revenir à l’unisson, jouant un contre point qui donne un relief particulier aux enregistrements. On imagine les hôtes assurer la rythmique et se tourner vers le virtuose sans savoir où sera la note suivante… Réjouissant.

Le vinyle est transparent. L’artwork est excellent, avec ces galets et autres cailloux qui grimacent avec des yeux ronds.

Église de la Petite Folie

Musique : 4/5

Objet : 5/5

Arnaud Le Gouefflec »Deux fois dans le même fleuve » (Église de la Petite Folie)

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Et si les grands médias passaient à côté, ce serait plus que vraisemblable. Malgré des papiers, dans les Inrocks notament, Arnaud Le Gouefflec ne crève pas l’écran au niveau national, auprès des gens qui font l’opinion. Pas grave pas besoin d’eux pour dire le bien qu’on pense d’une production qui se veut « chanson française expérimentale ». La petite folie d’Arnaud Le Gouefflec, c’est une musique obsédante, une voix qui se pose, grave, à peine chantée et se complait dans le minimalisme ou décroche vers le progressif… Par moments, ça décroche vraiment. Au final, une signature, une tonalité sereine, qui sonne comme un Kat Onoma du 21è siècle (sans le saxo des années 80).

Excellente production du trio Le Gouefflec (écriture), Polard (composition) et Trap (arrangements).

Église de la Petite Folie

Musique : 4/5

Objet : 3/5. Le vinyle sonne parfaitement malgré de nombreuses traces (non identifiées) sur le disque. Pochette de qualité (sauf la pochette intérieure, mais ça se remplace), accompagnée d’une feuille complémentaire pour les paroles.

Église de la Petite Folie, Brest

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C’est des musicos complètement à l’ouest. De « Brest même » semble-t-il. Créé en 2002, le label « L’Église de la Petite Folie » développe un catalogue alternatif « mainstream compatible » pour peu qu’un jour les médias parisiens ou anglo-saxons s’y intéressent. Dans l’intervalle, sans aucune concession, dans un esprit foutrac et furieusement bien troussé, la petite entreprise met sur le marché des CDs, des vinyles et des K7 (tant qu’à faire dans le décalé).

Piloté par Arnaud Le Gouefflec et sa bande, il ne semble pas que des limites aient été définies. C’est plus drôle comme ça. Des initiatives cousines apparaissent alors. Il suffit de faire un pas de côté :

De même que sa musique se déploie dans des tours et des détours, tout en sonorités obsédantes, on ne sait jamais comment l’église va poursuivre son sacerdoce.

Les pressages vinyles sont de qualité. Le meilleur exemple est sans doute celui de la « Session Fantôme N°1 », vinyle translucide dans sa pochette « gatefold » aux galets qui grimacent (voir plus bas).

Église de la Petite Folie

Qualité 4/5.

À suivre sur Bandcamp, également.

Dans la collection… (cliquer sur l’image)

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Et aussi…

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