Recherche

PENN-AR-WAX

Blog Vinyles & Labels

Catégorie

Expérimental

Lizzy Mercier Descloux #1 Press Color (Light In The Attic – 2016)

En 2016, le label de Seattle « Light In The Attic » rééditait l’ensemble des cinq albums de Lizzy Mercier Descloux, la poétesse française, citoyenne du monde et auteure d’un hit en France en 1984, « Mais où sont passées les gazelles ? » Voici un regard sur ces albums basé principalement (mais pas uniquement) sur les notices intérieures des rééditions (Vivien Goldman et Jackson Heights, 2014). Premier album : Press Color en 1979. 

Au début des années 70, Lizzy Mercier habitait rue des Halles à Paris, avec son oncle et sa tante. Abandonnée par sa mère, elle ne connaissait pas son père, sinon son nom de famille, Descloux. Elle fera de son nom d’artiste Lizzy Mercier-Descloux en espérant attirer son attention.
En face de son appartement, un magasin de vêtements punk, tenu par Michel Esteban. Ensemble, ils vont s’envoler pour New-York et intégrer l’underground. Ils produiront, plusieurs années durant des chroniques sur la musique et les mœurs des jeunes artistes new-yorkais. Habitant la 14è rue avec notamment Patti Smith, LMD se fait remarquer par son attitude et ses vêtements inspirés des romantiques français.
Après une première expérience dans un duo entre punk et expérimentation, Rosa Yemen, elle sortira sous le label de Michel Esteban son premier disque en 1979 « Press Color ». Cet album, comme les quatre autres de LMD, est ressorti en vinyle sous le label américain Light In The Attic, en version 45 tours double (ici La version bleue). A La fin des années 70, dans le sillage de la vague punk, l’incompétence musicale est tendance. LMD et Michel Esteban enregistrent ce disque à New-York, dans un studio disco, mélangeant punk, funk, musique expérimentale et avec une tendance systématique à jouer avec les rythmes et les répétitions, à utiliser la voix comme un instrument. Le savant mélange est identifié aujourd’hui comme partie prenante du mouvement « No Wave » new-yorkais. Outre deux reprises de La musique de Mission Impossible, on y trouve un duo « rimbaldien » avec Patti Smith. L’album, magnifique, passera inaperçu : on dit que sa diffusion n’était pas à la hauteur. Il est devenu culte pour beaucoup d’amateurs.
Lizzy Mercier-Descloux, à partir du début des années 90, se consacrera principalement à la peinture. Elle vivra en Corse jusqu’à son décès prématuré, à 48 ans, en 2004. Elle aura eu le temps de rencontrer son père, qui jusque là, ignorait son existence.

« Névénoé, Coopérative Utopique 1973-1980 » Éditions de Juillet

Le label « Névénoé » est une expérience unique dans la renaissance de la musique bretonne de la fin du XXè siècle. Formé par des artistes installés tout près de Morlaix, à Plounéour-Ménez dans les Monts d’Arrée, il sera un « United Artists of Brittany » créé dans la logique des coopératives, au financement mutualisé et aux contributions croisées. Avec les mots d’aujourd’hui, on peut dire que Patrik Ewen et Gérard Delahaye étaient précurseurs d’une forme d’économie sociale et solidaire… elle dura le temps d’un septennat.

Les Éditions de Juillet publient, début 2017, un ouvrage broché, magnifiquement illustré par des photographies noir et blanc, sous la plume d’Arnaud Le Gouefflec (lui même musicien indépendant et prolifique, pour le label « Église de la Petite Folie« ), Alain-Gabriel Monot et Olivier Polard. Ils entrecroisent habilement un historique du label, depuis la rencontre des fondateurs, jusqu’à sa fin chaotique (et rennaise) au début des années 80, avec des portraits des principaux protagonistes : P. Ewen, G. Delahaye, l’auteur compositeur M. Favennec, le poète trégorois Y. Le Men, la chanteuse Annkrist et la harpiste K. Nogues.

Les périodes de la vie du label y sont détaillées. L’idée de financer les albums des uns par les recettes de ceux des autres, entrainera la formation d’un groupe d’artistes bretons, mais non bretonnants, bretons mais envisageant la musique bretonne comme un mélange subtil d’inspirations locales et d’influences mondiales. Au début des années 70, la chanson folk se déploie dans le monde entier. Sous l’influence des Pete Seeger et autres Bob Dylan, des artistes locaux, armés d’une simple guitare, portent un regard sévère, voire désespéré, sur la société contemporaine.

L’enseigne Névénoé dans les « 100 Marches » à Morlaix

Avec Névénoé, le projet devient collectif. L’artiste intègre le groupe, tout en gardant sa propre identité, chacun venant compléter le travail de l’autre, l’influencer, l’enrichir. L’utopie des débuts laissera place à un processus créatif rationnel et malgré tout débridé. Dans un premier temps, les individus mettent en commun leur enthousiasme et peu à peu, au fil du temps, reprennent leur liberté. Les auteurs montrent comment, peu à peu, après avoir nourri le collectif, chacun se tourne vers une autre direction. Au point que le label prendra des voies inattendues au tournant des années 80, celles du rock et du jazz quasi expérimental.

Fort des témoignages des principaux acteurs du label, l’ouvrage dépeint des personnalités fortes et généreuses, embarquées dans une utopie qu’elles ont su rendre concrète et tangible. Il passe sans doute un peu rapidement sur les derniers soubresauts du label, sans doute moins souhaités par les fondateurs, mais dont les oeuvres sont tout autant passionnantes.

Névénoé est un OVNI dans le paysage musical breton. L’ouvrage qui lui est consacré nous fait vivre de l’intérieur le processus de création, la mise en commun des talents, la maturité du groupe, une forme de lassitude des artistes devenus producteurs, et surtout, comment leur oeuvre leur a échappé, jusqu’à leur devenir étrangère. Aussi frustrante soit cette ultime étape, elle est le symbole de l’expérience artistique la plus courante : l’oeuvre devient ce qu’en fait le public, et aujourd’hui, les disques Névénoé sont recherchés par les collectionneurs de vinyles comme des « Graal ». Une forme de consécration. Les treize albums produits en sept ans et l’ouvrage « Névénoé – Coopérative Utopique 1973-1980 » constituent les deux faces d’une même pièce, parfaitement indissociables et absolument dissemblables.

Un must pour qui s’intéresse à la musique bretonne et que l’on achètera de préférence dans une librairie du centre-ville de Morlaix, après avoir descendu les « 100 Marches », en passant devant le panneau des « Disques et Éditions Névénoé » (voir photo plus haut).

Pour en savoir plus…

Un article sur Névénoé dans ce blog.

Le site des Éditions de Juillet.

 

Superfly Records, Paris

logo_01

Métro « Strasbourg-Saint-Denis », redescendre le boulevard Sébastopol sur quelques dizaines de mètres, repérer à gauche, la rue Notre-Dame-de-Nazareth, s’y engager. La boutique se trouvera sur la droite. Avant d’être un label, Superfly Records est un magasin de disques à Paris : neuf et occasion. Sur les étagères, en bonne place, quelques pochettes sont accompagnées du « Obi Strip » qui marque une fabrication japonaise, généralement rouge, surmonté d’un logotype noire laissant deviner le profil d’une femme à la coiffure « afro »… C’est la signature des « reissues » Superfly Records, fabriquées au Japon à 1000 exemplaires.

Quand vous êtes cinéphile, vous cherchez une revue de cinéma qui vous correspond et qui vous guidera pour le choix des séances. Vous êtes plutôt « Cahiers » ou comme moi « Positif » ? Pour les rééditions de vinyles, le petit label relève de la même logique : sa ligne éditoriale comprend les artistes qu’il signe, les musiques qu’il met en avant mais également la qualité de fabrication. Dans l’angle jazz-afro-latino-funk, Superfly n’est pas le seul label à s’activer mais il le fait d’une manière réjouissante. On rêve de posséder toute cette collection de raretés qui cachent des merveilles, dont certaines rivalisent facilement avec des artistes de renommée mondiale. Même s’ils n’ont produit qu’un malheureux album entre 1975 et 1977 avant de retourner définitivement dans l’anonymat…

Quelles meilleures preuves des subtilités de la musique africaine, entre funk, jazz, reggae ! Quelle idée magnifique de faire renaître Rito Zighi, sorte de hip hop latino avant l’heure (quand tu crois posséder le premier disque de hip hop avec Sugarhill Gang, ben non…) ! Et, c’est quoi ce machin japonais, « Flute Adventure » qui fusionne tout ce qui existe, autour d’un gars qui souffle dans un pipeau ! Et bien ça peut devenir l’objet le plus précieux de la collection… ça commence comme du jazz et puis on ne sait plus, on se laisse faire.

Bref, « je veux tout ! », parce que chaque disque, accompagné d’un texte sur l’artiste, sonne parfaitement. Les gatefolds sont rares (mais ils l’étaient également pour les albums originaux). Il n’y a pas de version numérique (mais ça on s’en fout – c’est bien quand il y en a mais quand le vinyle sonne comme ça…). Le choix des oeuvres par le label est excellent. Et ils peuvent se le permettre, sans doute parce qu’au moment où la bataille pour signer les artistes oubliés est de plus en plus sévère, ici, ils sont soignés, respectés et traités comme des maîtres.

Superfly Records, en haut de la liste, tout en haut !

Superfly Records

Qualité : 5/5

Dans la collection (cliquer sur l’image)

117640628

116968191

Et aussi

116968111
116969138

116969143
116969490

117483618

Dr Eugene Chadbourne, Olivier Polard, John Trap, Arnaud Le Gouëfflec « Sessions Fantômes #1 (Eglise de la Petite Folie)

a3852141858_10

C’était fin 2014, la fine équipe de l’Église de la Petite Folie recevait Eugene Chadbourne, joueur de banjo américain, virtuose et improvisateur pour une session « fantôme » dans le Far West européen. Deux morceaux du dernier album d’Arnaud Le Gouefflec sur la première face et deux autres dont un collage invraisemblable (expérimental) sur la seconde face. Le tout est un disque dans lequel les chansons sont joyeusement torturées dans l’esprit de créer un moment unique, un son paradoxal. Le banjo du « Docteur Chadbourne » se balade avec ou sans les autres, prenant un malin plaisir à partir au loin avant de revenir à l’unisson, jouant un contre point qui donne un relief particulier aux enregistrements. On imagine les hôtes assurer la rythmique et se tourner vers le virtuose sans savoir où sera la note suivante… Réjouissant.

Le vinyle est transparent. L’artwork est excellent, avec ces galets et autres cailloux qui grimacent avec des yeux ronds.

Église de la Petite Folie

Musique : 4/5

Objet : 5/5

The Feed Back – The group – (Schema Records)

the-group-the-feed-back

Pas facile de savoir ce qu’on achète sans les précisions du « Obi Strip » Schema sur la pochette. « The Feed Back » est le premier disque de Gruppo d’Improvvisazione Nuova Consonanza (parfois appelé simplement Il Gruppo ou The Group). Il s’agit d’un groupe d’improvisation qui jongle entre jazz expérimental et funk psychédélique. Une expérience sonore plutôt étrange. Mais c’est le principe de l’approche expérimentale d’évoluer sans repère, sans réelle structure. Le son est basé sur des percussions très présentes et sur un jeu à la trompette assez délirant, saturé, au point de s’approcher des sonorités d’instruments très puissants… les amateurs de cornemuse ne seront pas déboussolés sur la première partie de l’album.

Le groupe était d’abord dans une démarche d’improvisation et d’avant garde porté par le compositeur italien Franco Evangelisti. Le plus célèbre de ses membres était Ennio Morricone qui y pratiquaient épisodiquement la flute et la trompette. Et aussi Egisto Macchi, compositeur de musiques de films également.

Schema Records, Milan

Musique : 4/5

Objet : 4/5

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑