Recherche

PENN-AR-WAX

Blog Vinyles & Labels

Catégorie

Funk

Lizzy Mercier-Descloux #3 « Mais où sont passées les gazelles ? »

Deux ans avant le Graceland de Paul SIMON, Lizzy Mercier-Descloux sort en 1984 un album enregistré dans le quartier de Soweto en Afrique du Sud. La production revient à Adam Kidron, son ami de l’époque. Michel Esteban assumant la coordination. Il y a trois façons d’entrer dans cette album : La politique… sessions d’enregistrement à Johannesburg ; La Française… c’est le disque du tube « Mais où sont passées les gazelles ? » comptines enfantines que les mamans achetaient en masse pour leurs enfants qui aimaient les animaux ; La musicale… LMD signent toutes les paroles et laissent parfois la composition aux musiciens locaux, ce qui donne parfois un faux airs de Johnny Clegg, devenu star mondiale deux ans plus tôt.
Le succès inattendu des Gazelles lui permet de sortir sous le label CBS. Le succès public se complète par les compliments des critiques rock : elle reçoit le Bus d’Acier 1984 au titre de meilleur album de l’année, des mains d’Alain Bashung (précédent lauréat). Décerné par La critique rock jusqu’en 1990, on disait de ce prix qu’il était le  » Goncourt du Rock ».
Pour enchaîner dans la même veine, les musiciens de Soweto devaient l’accompagner dans un second projet, mêlant cette fois musique sud-africaine et cajun de La Nouvelle-Orleans, mais les autorités sud-africaines refusèrent les visas aux musiciens. La future destination sera le Bresil…

Lizzy Mercier Descloux #2 : Mambo Nassau

Au début des années 80, Lizzy Mercier-Descloux et son producteur Michel Esteban quittent New-York pour des aventures plus exotiques. Arrivés, pensent-ils, à la fin d’un cycle, ils partent aux Bahamas, dans la capitale Nassau, moins pour le dynamisme musical du coin, que pour rejoindre le studio Compass Point qui appartient alors à Chris Blackwell (le créateur d’Island Records).
Produit par le jamaïcain Steve Stanley, elle est accompagnée de Wally Badarou, musicien (synthétiseur) du studio, français d’origine béninoise et du bassiste Philippe Le Mongne (futur Taxi Girl). Ils signeront avec elle une partie des musiques.
L’ambiance à Nassau est plutôt relâchée lors de l’enregistrement. Pas de pression. Entre deux prises, les musiciens n’hésitent pas à aller plonger dans l’océan tout proche. Le studio est fortement imprégné des rythmes syncopés à la Tom Tom Club (section rythmique du Talking Heads) ou des ambiances cool et funky du pape de la Blue eyed soul (voisin du studio), Robert Palmer.
Le résultat est un savant mélange de funk, jazz, new-wave et rythmes caraïbes. Wally Badarou témoigne :  » La musique était écrite et retravaillée au fur et à mesure de l’enregistrement. C’était une sorte de ping-pong collectif, entre le producteur Steve, Lizzy, Michel et moi. T’essaies un truc. Les autres te répondent On garde ça ! « 

Lizzy Mercier Descloux #1 Press Color (Light In The Attic – 2016)

En 2016, le label de Seattle « Light In The Attic » rééditait l’ensemble des cinq albums de Lizzy Mercier Descloux, la poétesse française, citoyenne du monde et auteure d’un hit en France en 1984, « Mais où sont passées les gazelles ? » Voici un regard sur ces albums basé principalement (mais pas uniquement) sur les notices intérieures des rééditions (Vivien Goldman et Jackson Heights, 2014). Premier album : Press Color en 1979. 

Au début des années 70, Lizzy Mercier habitait rue des Halles à Paris, avec son oncle et sa tante. Abandonnée par sa mère, elle ne connaissait pas son père, sinon son nom de famille, Descloux. Elle fera de son nom d’artiste Lizzy Mercier-Descloux en espérant attirer son attention.
En face de son appartement, un magasin de vêtements punk, tenu par Michel Esteban. Ensemble, ils vont s’envoler pour New-York et intégrer l’underground. Ils produiront, plusieurs années durant des chroniques sur la musique et les mœurs des jeunes artistes new-yorkais. Habitant la 14è rue avec notamment Patti Smith, LMD se fait remarquer par son attitude et ses vêtements inspirés des romantiques français.
Après une première expérience dans un duo entre punk et expérimentation, Rosa Yemen, elle sortira sous le label de Michel Esteban son premier disque en 1979 « Press Color ». Cet album, comme les quatre autres de LMD, est ressorti en vinyle sous le label américain Light In The Attic, en version 45 tours double (ici La version bleue). A La fin des années 70, dans le sillage de la vague punk, l’incompétence musicale est tendance. LMD et Michel Esteban enregistrent ce disque à New-York, dans un studio disco, mélangeant punk, funk, musique expérimentale et avec une tendance systématique à jouer avec les rythmes et les répétitions, à utiliser la voix comme un instrument. Le savant mélange est identifié aujourd’hui comme partie prenante du mouvement « No Wave » new-yorkais. Outre deux reprises de La musique de Mission Impossible, on y trouve un duo « rimbaldien » avec Patti Smith. L’album, magnifique, passera inaperçu : on dit que sa diffusion n’était pas à la hauteur. Il est devenu culte pour beaucoup d’amateurs.
Lizzy Mercier-Descloux, à partir du début des années 90, se consacrera principalement à la peinture. Elle vivra en Corse jusqu’à son décès prématuré, à 48 ans, en 2004. Elle aura eu le temps de rencontrer son père, qui jusque là, ignorait son existence.

Claude Rodap – Fregate Orchestra « Syn-Ka » (Granit Records)

L’attaque du disque rappelle bizarrement « Oxygène » de Jean-Michel Jarre, avec ce synthétiseur qui hésite à entrer dans la mélodie, ce souffle synthétique qui passe furtivement en arrière plan… et puis non… la basse funky… les percussions des caraïbes… c’est un autre objet, un mélange contre nature, de ceux qu’on recherche parce que tellement improbables.

Claude Rodap est un guitariste martiniquais, très influencé par Jimi Hendrix, qui a lâché les cordes (enfin pas complètement) pour le clavier. En 1982, il se lance dans ce projet baptisé « Syn-Ka » pour « synthétiseur » et « percussions ». Exclusivement instrumental, par défaut semble-t-il, l’album ne peut entrer dans une case. Sur cette base synthétique et rythmée, il explore toutes les directions possibles, morceau par morceau et à l’intérieur des compositions. Les sonorités dominantes passent par tous les registres possibles avec ces instruments : le réduire à une approche jazz fusion est réducteur, le désigner comme « caraïbes & synth » ne lui fait pas honneur.

Réédité à 1000 exemplaires dans un premier temps (puis 300 à l’heure où ce texte est écrit) en 2016 par le tout nouveau label breton (St Brieuc) Granit Records, l’album Syn-Ka est un OVNI. Il est accompagné d’un feuillet une face en français, anglais et japonais. Indispensable.

Musique : 4/5

Objet : 4/5

Granit Records

Andrew Wartts and the Gospel Storytellers : « There is a god somewhere » (Superfly Records)

Un album-graal dont Jésus est le héros. Andrew Wartts et les Gospel Storytellers enregistrèrent ce disque au tout début des années 80 dans une tonalité mélancolique entre funky, soul et gospel. Quand la plupart des chorales gospel prennent le virage du boogie et de l’énergie, Wartts calme le jeu, prend son temps, fais une ode à la religion catholique. Longtemps connu des seuls fidèles locaux, cet album, enregistré pour le label Champ de Nashville, avec ses faux airs de Curtis Mayfield ou de Marvin Gaye, est devenu un des graals les plus recherchés des collectionneurs de vinyles.

Au point qu’Andrew Wartts, en fit une réédition pour les 30 ans en 2014. Reprenant une photo de couverture différente, modernisée, sans doute mieux construite graphiquement (mais différente de l’originale – rédhibitoire pour le collectionneur), il proposait la nouvelle version sur son propre site internet (voir plus bas), créant ainsi deux catégories d’amateurs : ceux qui pouvaient arborer la pochette originale et les autres…

La pochette alternative

Début 2017, la réédition Superfly rend accessible l’album en le présentant cette fois avec la pochette originale. Le pressage est parfait comme toujours, réalisé au Japon. Ce qui donne droit de porter un bandeau OBI écrit en japonais. Pas de feuillet intérieur cette fois, contrairement aux précédentes références.

Musique : 4/5.

Objet : 4/5.

Superfly Records

Le site internet d’Andrew Wartts

Alex Puddu : « The Golden Age of Danish Pornography, vol. 2 » (Schema Records)

Les italiens de Schema ont encore frappé ! Et de quelle manière ! Au Danemark, en 2009, un cinéaste porno découvre des négatifs Super 8 de courts métrages hardcore réalisés dans les années 70 et vraisemblablement destinés à fabriquer des films vendus sous le manteau. Ne sachant quoi en faire, il les propose à Jan Schmidt, producteur de films, ancien producteur musical et ami d’Alex Puddu. Les négatifs étant inexploitables dans l’état, ils en développent une partie et découvre des films courts de très bonne qualité mais l’état des négatifs ne permet pas toujours de récupérer l’intégralité des pistes sonores. Schmidt propose alors à son ami Alex d’habiller les images avec une bande originale totalement nouvelle mais tricotée à la manière des Umiliani, Cipriani et autres Morricone… Une ambiance jazz – funk – psychédélique qui est la signature habituelle d’Alex Puddu et qui mène le projet d’une main de maître, allant même jusqu’à rajouter quelques sonorités vocales typiques de la thématique.

Le premier volume de « The Golden Age of Danish Pornography » est réalisé en 2011pour le label Al Dente (en fait auto-produit par Alex Puddu, uniquement en vinyle à 250 copies). Il est réédité l’année suivante par Schema, qui reprend la série. Le volume 2 est produit en 2014 pour Schema directement. Le volume 3 qui sort en 2016 est le seul à ne pas être associé à des images spécifiques (pour les deux premiers, des dvd sont édités mixant les images d’origine et la musique de Puddu; aucune idée de leur contenu, ni des moyens d’y accéder, pardon…).

Le volume 2, dans la collection, est présenté sous une pochette classé X « X-rated / Adult Only ». Il est excellent. Les morceaux sont plutôt courts (moins de 4 minutes). Les effets sonores donnent à l’album un aspect ludique et sont autant de clins d’oeil à Gainsbourg ou à Moroder, qui sont un peu les fondateurs de l’exercice. Le disque est accompagné d’un CD.

Musique : 4/5

Objet : 4/5

Schema Records

Superfly Records, Paris

logo_01

Métro « Strasbourg-Saint-Denis », redescendre le boulevard Sébastopol sur quelques dizaines de mètres, repérer à gauche, la rue Notre-Dame-de-Nazareth, s’y engager. La boutique se trouvera sur la droite. Avant d’être un label, Superfly Records est un magasin de disques à Paris : neuf et occasion. Sur les étagères, en bonne place, quelques pochettes sont accompagnées du « Obi Strip » qui marque une fabrication japonaise, généralement rouge, surmonté d’un logotype noire laissant deviner le profil d’une femme à la coiffure « afro »… C’est la signature des « reissues » Superfly Records, fabriquées au Japon à 1000 exemplaires.

Quand vous êtes cinéphile, vous cherchez une revue de cinéma qui vous correspond et qui vous guidera pour le choix des séances. Vous êtes plutôt « Cahiers » ou comme moi « Positif » ? Pour les rééditions de vinyles, le petit label relève de la même logique : sa ligne éditoriale comprend les artistes qu’il signe, les musiques qu’il met en avant mais également la qualité de fabrication. Dans l’angle jazz-afro-latino-funk, Superfly n’est pas le seul label à s’activer mais il le fait d’une manière réjouissante. On rêve de posséder toute cette collection de raretés qui cachent des merveilles, dont certaines rivalisent facilement avec des artistes de renommée mondiale. Même s’ils n’ont produit qu’un malheureux album entre 1975 et 1977 avant de retourner définitivement dans l’anonymat…

Quelles meilleures preuves des subtilités de la musique africaine, entre funk, jazz, reggae ! Quelle idée magnifique de faire renaître Rito Zighi, sorte de hip hop latino avant l’heure (quand tu crois posséder le premier disque de hip hop avec Sugarhill Gang, ben non…) ! Et, c’est quoi ce machin japonais, « Flute Adventure » qui fusionne tout ce qui existe, autour d’un gars qui souffle dans un pipeau ! Et bien ça peut devenir l’objet le plus précieux de la collection… ça commence comme du jazz et puis on ne sait plus, on se laisse faire.

Bref, « je veux tout ! », parce que chaque disque, accompagné d’un texte sur l’artiste, sonne parfaitement. Les gatefolds sont rares (mais ils l’étaient également pour les albums originaux). Il n’y a pas de version numérique (mais ça on s’en fout – c’est bien quand il y en a mais quand le vinyle sonne comme ça…). Le choix des oeuvres par le label est excellent. Et ils peuvent se le permettre, sans doute parce qu’au moment où la bataille pour signer les artistes oubliés est de plus en plus sévère, ici, ils sont soignés, respectés et traités comme des maîtres.

Superfly Records, en haut de la liste, tout en haut !

Superfly Records

Qualité : 5/5

Dans la collection (cliquer sur l’image)

117640628

116968191

Et aussi

116968111
116969138

116969143
116969490

117483618

The Feed Back – The group – (Schema Records)

the-group-the-feed-back

Pas facile de savoir ce qu’on achète sans les précisions du « Obi Strip » Schema sur la pochette. « The Feed Back » est le premier disque de Gruppo d’Improvvisazione Nuova Consonanza (parfois appelé simplement Il Gruppo ou The Group). Il s’agit d’un groupe d’improvisation qui jongle entre jazz expérimental et funk psychédélique. Une expérience sonore plutôt étrange. Mais c’est le principe de l’approche expérimentale d’évoluer sans repère, sans réelle structure. Le son est basé sur des percussions très présentes et sur un jeu à la trompette assez délirant, saturé, au point de s’approcher des sonorités d’instruments très puissants… les amateurs de cornemuse ne seront pas déboussolés sur la première partie de l’album.

Le groupe était d’abord dans une démarche d’improvisation et d’avant garde porté par le compositeur italien Franco Evangelisti. Le plus célèbre de ses membres était Ennio Morricone qui y pratiquaient épisodiquement la flute et la trompette. Et aussi Egisto Macchi, compositeur de musiques de films également.

Schema Records, Milan

Musique : 4/5

Objet : 4/5

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑